Kyle Eastwood

Eastwood Symphonic, c’est l’hommage d’un fils à son père, légende, acteur, réalisateur et musicien. À chaque étape de ce road movie musical, Kyle et son quintet rejoignent un nouvel orchestre symphonique, pour offrir une interprétation riche et émotionnelle des musiques de films de Clint Eastwood, parmi les plus connus du cinéma mondial, sous la baguette complice du chef d’orchestre Gast Waltzing. La tournée reprendra en mars 2024 au Colisée de Roubaix le 28 mars avec l'orchestre de la Folia de Lille.

Biographie

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Depuis son apparition sur la scène jazz internationale au milieu des années 90, c’est avec un mélange bien à lui d’indépendance, d’élégance, de ténacité et d’humilité que Kyle Eastwood, ne se fiant finalement qu’à ses intuitions et son goût très sûr, a entrepris de tracer son propre chemin dans le foisonnement des genres et des styles constituant désormais cette musique… Après avoir fait paraître en 1998 un tout premier disque en leader, “From There to Here”, où s’affirmait avec éclat et sans la moindre distanciation maniériste son amour et sa connaissance intime de l’âge d’or du jazz orchestral des années 50, le contrebassiste, alors tout juste âgé de 30 ans, a ressenti le besoin de se détourner un temps de ces références si magistralement posées dans ce disque aux allures de manifeste, en aventurant son univers tout au long de la décennie suivante dans des projets hybrides et subtilement trans-genres, flirtant, au gré d’albums aussi éclectiques que raffinés, avec l’électro-jazz cool et sophistiqué (“Paris Blues”), le smooth jazz aux accents « seventies » et résolument groovy (“Now”), voire le manifeste “arty”, chic, urbain et métissé (“Métropolitain”).

C’est riche de cette traversée intime de nouvelles formes et de sons plus contemporains, qu’en 2011, le contrebassiste, à la tête d’un tout nouveau quintet composé de jeunes musiciens anglais talentueux, alors à peu près inconnus mais parfaitement en phase avec ses parti-pris musicaux, commencera avec l’enregistrement de “Songs from the Château”, à véritablement trouver sa voie en posant les jalons d’une musique gorgée de swing, renouant sans détour, tant dans la forme que dans l’esprit, avec un jazz plus direct, lyrique et mélodique — en quête d’une relation à “la tradition” à la fois réaffirmée et renouvelée. Enregistrés peu ou prou avec la même équipe de musiciens, les deux disques suivants, “The View From Here”,“Timepieces” puis « In Transit », parus respectivement en 2013, 2015 et 2017 sur le label Jazz Village, ont depuis confirmé et approfondi avec brio cette nouvelle orientation esthétique aux allures de “retour aux sources” — Eastwood y re-visitant/réactualisant quelques une des formes les plus archétypales du hard bop flamboyant du tournant des années 60, en donnant à entendre une musique spontanée et pleine d‘allégresse, fondée sur le pur plaisir du jeu, le risque toujours renouvelé de l’improvisation et la magie de l’interaction collective.

« Le cinéma est ma seconde passion » avoue-t-il. Il paraissait donc naturel, qu’aujourd’hui, son quintet se penche sur les bandes originales de film. L’album s’ouvre sur Bullit, célèbre pour sa course-poursuite à travers les rues de San Francisco, dont la bande-son est signée Lalo Schiffrin. Une version enlevée, où la contrebasse ductile de Kyle Eastwood se détache de l’ensemble, préparant le terrain au piano facétieux d’Andrew McCormack. S’en suit le thème de Taxi Driver, écrit par Bernard Hermann, le compositeur d’Alfred Hitchcock, dont l’inquiétante introduction rappelle les balades de Travis (Robert de Niro), la nuit, en taxi new-yorkais. Pour ce faire, le saxophoniste Brandon Allen et le trompettiste Quentin Collins renouvèlent une mélodie connue de tous. En compagnie de la chanteuse Camille Bertault, le quintet donne, en outre, une relecture rythmée des Moulins de mon cœur, hymne nostalgique de Michel Legrand. Le thème suivant, The Eiger Sanction, a été écrit par John Williams pour Clint Eastwood. Point d’orchestration symphonique, chère au compositeur attitré de George Lucas, mais une formation resserrée, où se distingue le jeu sensuel du pianiste Andrew McCormack. Quant aux cuivres, toujours à l’unisson, ils redoublent de vigueur. La mélancolie n’est pas en reste, grâce à la voix caressante du chanteur Hugh Coltman, sur le thème de Gran Torino, composé par les Eastwood père et fils. Le groupe ne se prive pas, non plus, d’un peu d’humour, avec le classique d’Henry Mancini, Pink Panther Theme. A son écoute, on se surprend à penser que cette ritournelle était d’abord une œuvre de jazz raffinée. Pas de musique de film sans Ennio Morricone, qui conçut la ballade du long-métrage « Vertiges », Per Le Antiche Scale. Toute la poésie du génie italien est subtilement évoquée par le pianiste du groupe, très sensible au jeu de Kyle Eastwood. Ce dernier s’approprie, par ailleurs, une autre musique d’Henry Mancini : celle du film Charade, du regretté Stanley Donen, qui mettait en scène Audrey Hepburn, plongée dans une histoire troublante. Parfaitement unis, les musiciens donnent une interprétation exigeante de ce thème, transcendée par les arrangements audacieux de Brandon Allen. Les propres compositions de Kyle Eastwood ne sont pas négligées pour autant. Unforgiven (Impitoyable) est repris en trio avec contraste et profondeur. La chanson de Skyfall, l’un des derniers James Bond, est, quant à elle, traitée de manière singulière, laissant libre cours aux improvisations inventives des jazzmen. Enfin, un instrumental épuré de Gran Torino contribue à parfaire cet hommage réussi. Kyle Eastwood a fait sienne la phrase de Marcel Proust « Le vrai voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages mais à avoir de nouveaux yeux ». Par son approche humble et respectueuse de ces musiques, connues du plus grand nombre, il remet au goût du jour des œuvres originales devenues, avec le temps, des classiques.

 

 

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